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PIERRE MOLINIER ou l’auto-érotisme noir et flamboyant.
Pierre Molinier est né un vendredi saint 13 avril à Agen. Élevé chez les jésuites, il quitte ses études et travaille en autodidacte le dessin, la peinture et la photographie tout en devenant un compagnon charpentier. Comme Joseph… décidément… Mais Pierre Molinier restera un mécréant jusqu’à la fin de sa vie. A 20 ans, il quitte tout et monte à Paris pour se consacrer à la peinture. Visite de musées, copies de maîtres. Au bout de trois ans, il redescend sur Bordeaux où il se fixe définitivement.
En 1936, il invente « la peinture symboliste relevant du psychisme » et s’oriente vers la fixation de ses rêves et fantasmes sur la toile.
En 1946, il parvient à la création de toutes ces superbes créatures sombres et rougeoyantes comme un feu intérieur. La féminité est son unique sujet. Il crée en fait un style personnel inimitable, sorti de rien d’autre que de lui-même et de ses démons. C’est que la personnalité de l’artiste est étonnante.
Homosexuel, bisexuel, travesti en privé, à coup sûr narcissique puis qu’il considère que ses propres jambes mériteraient d’appartenir à une femme, son art érotique n’est pas celui, rutilant et grivois de Clovis Trouille, ni celui sec et froid d’Hans Bellmer. La peinture de Molinier est celle d’un artisan pointilleux, d’un compagnon du tour de hanches…
Très exigeant avec lui-même, il n’a de cesse de retoucher ses toiles indéfiniment. Les céder lui est un crève-cœur et il n’est
pas ra re qu’il rachète une de ses toiles pour l’améliorer ou parce qu’il juge que son propriétaire n’est pas digne de
posséder un Molinier. A un écrivain qui voulait lui acheter une toile il demande d’abord à lire le dernier opus. L’ouvrage le consterne : « Je ne puis laisser une de mes œuvres en si
mauvaises mains que les vôtres. En vérité vous êtes un con. Vous ne méritez pas mes toiles ! . Formidable liberté, sans souci de l’argent, de la postérité, de la marchandisation de
l’art !
Dans sa retraite aquitaine, Molinier est à l’abri de ces tentations et puis, il porte en lui, dans ses gènes et son sang, la drogue sacrée du sexe et de ses excès.
A partir de 1965, Molinier délaisse la peinture pour la photographie et le collage.
Les modèles de Molinier n’étaient pas des prostituées mais des jeunes femmes qui acceptaient de se dénuder devant un homme,
souvent maquillé et vêtu de guêpières et autres lingeries, qui aurait voulu être une femme afin de « courir les lesbiennes ». Celles qui ont sauté le pas, franchi son seuil, témoignent
de l’expérience éblouie d’une patiente, lente et formidable érotisation qui rendait leurs visites addictives et sacrées.
Comment un homme qui ne possède pas, chevillée en lui, le fait féminin brut, depuis les suaves caresses jusqu’aux enculades sauvages où se mêlent les organes en copulations frénétiques et animales ? Lui sait ce qu’est d’être caressé, léché, mordu au haut des cuisses, dans cette bande de féminité totale entre le haut des bas de soie tendus par le petit harnachement du porte-jarretelles et le pli crural ou fessier.
Emmanuelle Arsan, née en 1940, la véritable Emmanuelle qui écrivit le livre éponyme et clandestin dans les années 60, fut son plus célèbre modèle. Emmanuelle n’est pas Sylvia
Christel qui endossa le rôle cinématographique. Emmanuelle Arsan, épouse d’un diplomate, vivait en Thaïlande mais une correspondance suivie s’établit entre elle le peintre et chacun éprouvait
pour l’autre une admiration réciproque. Sous son vrai nom de Marayat Andriane, Emmanuelle Arsan joue le rôle de Maily, à côté de Steve McQueen, dans La Canonnière du Yan
Tse (1966). L’œuvre littéraire d’Emmanuelle Arsan est une recherche réelle sur la problématique de l’amour libertin et n’a que peu à voir avec ce que les marchands ont pu en faire par la
suite. Comme c’est souvent le cas, le message libertaire et libertin des ouvrages premiers a été noyé sous un flot d’érotisme propret, inodore, incolore et sans saveur.
Graveur, poète, créateur d’un film court, où il se met en scène Molinier est un homme qui aurait voulu être une femme.
Ses œuvres onanistes, ses collages, où il se métamorphose en être androgyne témoigne d’une volonté de posséder à la fois les attributs masculins et les appas féminins. Le spectacle de lesbiennes
faisant l’amour est pour lui le comble de la beauté. Véritable adorateur du corps de la femme, il voudrait que sur le même plan apparaissent les seins et les fesses… Quelques documentaires furent tournés sur lui et son indéniable érotomanie.
On a dit beaucoup de choses scabreuses sur Molinier. Il est probable que lui-même entretint soigneusement sa propre légende en l’enjolivant de détails sordides et de perversions plus ou moins assumées, plus ou moins réelles. Quelqu’un qui vit dans l’Éros avec cette constante ne peut être aux yeux du monde que scabreux, inquiétant, révulsant même. Cet ostracisme présente l’avantage de vous éloigner des imbéciles et de vous faire rencontrer de belles femmes libres et libertines. Si elles ne le sont pas au début, elles le deviendront sous les caresses fureteuses du pinceau du peintre.
Il existe une relation singulière,
inaliénable, sacrée. C’est celle du peintre et de son modèle. Il n’est point nécessaire qu’ils aient physiquement fait l’amour. A l’instant où le modèle se déshabille pour la première fois, où la
femme se plie aux injonctions du photographe ou du plasticien, elle ne s’appartient plus. Elle n’appartient pas non plus à l’artiste. Elle appartient à l’œuvre en devenir. Cette expérience est
indicible. Une virginité déchirée sous la lumière crue, ouatée ou domestique de l’atelier. Chez Molinier cet instant de dépucelage sacré, où le crayon pose la première trace de son ouvrage aussi
sacrilège et pourtant fascinant des premiers pas dans la neige rose d’un matin de ciel coupant, est longuement et minutieusement préparé, dans un rituel sacrificiel…
Alors qu’il avait coutume de dire qu’il se suiciderait le jour où il serait psychologiquement diminué et où il ne pourrait plus
faire l’amour, Pierre Molinier passa à l’acte le 3 mars 1976 et après avoir nourri ses chats, il se tira une balle dans la tête.
Il a poussé du pouél de su' l'vent'e à la terre,
Les poumm's vont rondiner aux poummiers des enclos ;
Il a poussé du pouél sous les pans des d'vanquiéres
Et les tétons rondin'nt à c'tt' heure à plein corset...
Toutes les fill's de seize ans se sont sentu pisser
En r'gardant par la plaine épier les blés nouvieaux.
L'souleil leu' coll' des bécots roug's à mém' la pieau
Qui font bouilli' leu' sang coumme eun' cuvé' d'septemb'e,
Les chatouill's du hâl' cour'nt sous leu's ch'misett's de chanv'e
Et d'vant les mâl's qui pass'nt en revenant des champs
A s'sent'nt le coeur taqu'ter coumme un moulin à vent.
Y a pas à dir'! V'là qu'il est temps ! Il est grand temps !...
Les vieux farmiers qui vont vend' leu' taure à la fouère
Ent'rapontront des accordaill's en sortant d'bouére:
- "Disez-don', Mét' Jean-Pierr', v'la vout' fill' qu'est en âge,
j'ai un gâs et j'ai tant d'arpents d'terre au souleil.
V'là c'que j'compte y bailler pour le mett'e en ménage.
- Tope là !... L'marché quient !... R'tournons bouére eun' bouteille !...
Pour fére eun' femme hounnête, en faut pas davantage !
Voui mais, faut l'fér'!... faut-i'-encor pouvouèr le fère?
Les garces des loué's, les souillons, les vachères,
Cell's qu'ont qu'leu' pain et quat' pâr's de sabiots par an,
Cell's qu'ont ren à compter poure c'qu'est des parents,
Cell's-là, à' peuv'nt attend' longtemps eun épouseux,
Longtemps, en par-delà coueffé Sainte Cath'rine...
Attend'!... Mais coumment don' qu'vous v'lez qu'a fass'nt, bon guieu !
Empêchez vouér un peu d'fleuri'les aubépines
Et les moignieaux d'chanter au joli coeur de Mai...
Cell's-là charch'ront l'Amour par les mauvais senquiers !
Y a des lurons qui besougn'nt aux métari's blanches,
On s'fait ben queuqu' galant en dansant les Dimanches...
Et pis, pouf ! un bieau souèr, oùsque l'on est coumm' saoûle
D'avouèr trop tournaillé au son des violons,
On s'laiss' chouèr, enjôlé', sous les suçons d'eun' goule
Et sous le rudaill'ment de deux bras qui vous roulent,
Coumme eun' garbée à fér', dans les foins qui sent'nt bons.
Queuq's moués après, quand y a déjà d'la barbelée
Au fait' des charnissons et des p'tits brins d'éteule,
Faut entend' clabauder, d'vant la flamm' des jav'lées
Les grous boulhoumm's gaîtieaux et les vieill's femm's bégueules :
" Hé ! Hé !... du coup, la michant' Chous' s'a fait enfler !... "
Et les pauv's "michant's chous's" qui décess'nt pâs d'enfler
Descend'nt au long des champs ousqu'à trouvé linceul
Leu-z-innocenc'tombée, au nez d'un clair de leune.
- Les galants sont partis pus loin, la mouésson faite.
En sublaillant, chacun laissant là sa chaceune,
Après avouèr, au caboulot payé leu's dettes. -
"Quoué fer ? " Qu'a song'nt, le front pendant su' leu' d'vanquiére
Et les deux yeux virés vars le creux des orgniéres...
Leu' vent'e est là qui quient tout l'mitan du frayé !
Au bourg, les vieill's aubarg's vésounn'nt de ris d'rouyiers
Qui caus'nt d'ell's en torchant des plats nouér's de gib'lotte ;
D'vant l'église à Mari' qu'a conçu sans péché
Leu's noms sont écrasés sous les langu's des bigottes
Qu'un malin p'tit vicair' fait pécher sans conc'vouer ;
Les conscrits qui gouépaill'nt un brin, avant d'se vouèr
Attaché's pour troués ans au grand ch'nil des casarnes,
Dis'nt des blagu's à l'hounneur d'la vieill' gaîté d'cheu nous :
- "Sapré garc's, pour avouér un pansier aussi grous
A's'ont fait coumm'les vach's qu'ont trop mangé d'luzarne ?...
Ou ben c'est-l' un caquezieau qui l'sa piquées ?..." -
Au bourg, tout l'monde est prêt à leu' jiter la pierre...
A's r'tourn'ront pas au bourg les fill's au vent'e enflé,
Un matin a's prendront leu' billet d'chemin d'fer
Et ça s'ra des putains arrivé's à Paris...
Ben, pis qu'v'là coumm' ça qu'est... Allez les gourgandines !...
Vous yeux ont d'l'attiranc' coumm' yeau profond' des puits,
Vous lèvres sont prisé's pus cher qu'un kilo d'guignes,
Les point's de vous tétons, mieux qu'vout coeur, vout' esprit,
Vous frayront la rout' large au travers des mépris.
C'est vout' corps en amour qui vous a foutu d'dans,
C'est après li qu'i faut vous ragripper à c'tt' heure ;
Y reste aux fill's pardus, pour se r'gangner d'l'hounneur
Qu'de s'frotter - vent'e à vent'e - avec les hounnêt's gens :
L'hounneur quient dans l'carré d'papier d'un billet d'mille...
Allez les gourgandin's par les quat' coins d'la ville !...
Allez fout' su'la paill' les bieaux môssieu's dorés,
Mettez l'feu au torchon au mitan des ménages,
Fesez tourner la boule aux mangeux d'pain gangné
Aux p'tits fi's à papa en attent' d'héritage.
Fesez semaill' de peine et d'mort su' vout' passage
Allez, Allez jusqu'au fin bout d'vout' mauvais sort,
Allez ! les gourgandin's oeuvrez aux tâch's du mal :
Soyez ben méprisab's pour que l'on vous adore !...
Et si vous quervez pas su' eun' couétt' d'hôpital
Ou su' les banquett's roug's des maisons à lanterne
Vous pourrez radeber, tête haute, au village
En traînant tout l'butin qu' v' aurez raflé d'bounn' guerre.
Vous s'rez des dam's à qui qu'on dounne un çartain âge,
Vous tortill'rez du cul dans des cotillons d'souée
V' aurez un p'tit chalet près des ieaux ou des boués
Que v' appell'rez " Villa des Ros's ou des Parvenches "
L'curé y gueultounn'ra avec vous, les dimanches
En causant d'ici et d'ça, d'morale et d'tarte aux peurnes,
Vous rendrez l'pain bénit quand c'est qu'ça s'ra vout' tour ;
L'Quatorz' juillet, vous mérit'rez ben d'la Patrie :
Ça s'ra vous qu'aurez l'mieux pavouésé de tout l'bourg ;
Le bureau d'bienfaisanc' vienra vous qu'ri des s'cours.
Aux écol's coummunal's vous f'rez off'er de prix
Et vous s'rez presque autant que l'mair' dans la Coummeune
...Ah ! Quand c'est qu'vous mourrez, comben qu'on vous r'grett'ra
La musiqu', les pompiers suivront vout' entarr'ment ;
D'chaqu' couté d'vout convoué y aura des fill's en blanc
Qui porteront des ciarg's et des brassé's d'lilas...
Vous s'rez eun' saint' qu'on r'meun' gîter aux d'meur's divines...
Allez !... en attendant !... Allez, les gourgandines !...
Ce petit gars maigriot, aux regards de flamme, aux lèvres pincées, était un grand poète.
Il allait chantant les gueux des villes et des champs, dans son jargon savoureux, avec son inimitable accent du terroir. Il flagellait les tartuferies, magnifiait les misères, pleurait sur les
réprouvés et sonnait le tocsin des révoltes.
Un grand poète, vous dit-on
Adieu de Victor Méric
Le site de Gaston Couté
où vous pourrez trouver d'autres textes et les traductions des mots qui vous seront inconnus.
Ce texte est ici parce qu'il est très beau et qu'il reflète le "féminisme" avant la lettre de son auteur...
Lexo est belle. Lexo aime être nue. Partout. Lexo est court vêtue. Lexo porte des bijoux sexuels et des piercings. Kexo se promène avec un
plug ou un gode dans le cul. Lexo n’a peur de rien. Lexo est la reine des exhibitionnistes. Lexo voyage partout toujours élégante et impudique. Lexo a de jolis seins pointus. Lexo a des fesses
divines. Lexo porte des escarpins ou des sandales. Je la préfère en talons hauts. Lexo a des bouts de seins percés et parés de bijoux somptueux.
Une artiste de "calité" : CALI. Rien à voir avec le chanteur énervant...
Son blog : http://www.calirezo.com/
« Après un bref passage à l'École des Arts Déco de Strasbourg, puis un perfectionnement à l'aquarelle auprès d'un Maître alsacien, Sylvie travaille et perfectionne son art. En recherche constante, elle ne se satisfait jamais de l'acquis, préférant déchirer une de ses créations qui ne la satisferait pas entièrement.. Douce, timide, elle dénote parce que son monde n'est pas le nôtre, elle glisse doucement au rythme de son pinceau, virevolte entre les couleurs, s'insinue entre les ombres, intensifie le mouvement, soubresaute pour que le volume de ses encres, nous confine dans l'irréel si proche de ce que nous sommes réellement, et n'oublie pas de nous inonder de son sourire réconfortant, pour nous rappeler nos valeurs profondes, sensuelles, rythmée par l'incandescence de nos amours. »
Mariée, mère de trois enfants, Sylvie passe beaucoup de son temps à réaliser des œuvres de grand talent, très élégantes, féminines dans l’âme. Sylvie est fascinée par la beauté de cette « moitié du ciel » dont parlent les Chinois.
Nous nous sommes rencontrés sur Internet
d’abord puis au retour d’un petit voyage en Forêt Noire. Nous passions par Strasbourg et nous avons téléphoné chez les Botter afin de passer les voir. Le courant amical passa immédiatement.
Sylvie et Frédéric dit Frédo son mari, sont des hôtes charmants, hédonistes et accueillants. Frédéric avait du reste l’idée de réunir des artistes afin de promouvoir leurs créations lors de
diverses manifestations.
A cette occasion nous avons échangé :
Sylvie a peint ma compagne. J’ai fait deux toiles d’elle. Et nous avons, ensemble, participé à deux salons érotiques récents.
Car Sylvie, d’après photo, reporte le motif sur le papier. Elle détaille ensuite un coup de crayon fin et sûr les « courbes de niveaux » des rotondités féminines, les fines plages des
détails de lingerie. La lumière, comme en aquarelle, est donnée d’emblée par la blancheur initiale du papier. Contrairement à l’huile où les blancs sont ajoutés, sortis du tube, plutôt en cours
ou en fin d’exécution, les blancs là, sont sauvegardés par du caoutchouc liquide (drawing gum) que l’artiste enlèvera à l’issue de son travail. En fait, il s’agit pour chaque zone de blanc ou de
couleur, de pratiquer des pochoirs successifs. C’est donc un travail de minutie et de longue haleine. Sylvie y excelle. Même si, comme tous les artistes, elle connaît des périodes terribles de
doute et de déprime par rapport à ce qu’elle produit. Heureusement pour les spectateurs que nous sommes, cela n’apparaît pas dans l’œuvre globale qu’elle nous offre.
« Ma philosophie se base sur l'Amour de la vie, sur un rejet total de la violence, et des horreurs qu'elle nous fait faire. J'aime la Vie, j'aime les plaisirs qu'elle nous apporte, dont un des plus beau, qu'est l'Amour. Et en regard de ce qui ce passe en ce moment dans le monde, l'Amour a besoin d'être "hurlé", d'être montré, pour que les plus intolérants d'entre nous se souviennent que c'est grâce à l'Amour qu'ils existent, et que leurs violences, leurs fanatismes, ne peuvent que les faire régresser. Ma seule arme est la peinture, et c'est par ce biais que j'ai besoin de prôner ce besoin de Vie, de Plaisir, en magnifiant, la source de toute Vie, que sont la Femme et l'Homme dans leur nudité, leur sensualité, base incontournable pour que s'épanouisse l'harmonie de vie. » - Sylvie Botter.
Sylvie Botter vit désormais à Russ, en Alsace. Elle recherche des modèles féminins.
On peut admirer, acquérir et devenir cybermodèle en allant voir son site :
http://www.pinceaudelarche.com/
Michel Debray
1933 est l’année de l’arrivée au pouvoir des nazis contre lesquels Bellmer va lutter par la dérision et le refus de toute activité
utile à l’État. Il commence la construction de sa fameuse poupée sur laquelle il travaillera des années, mêlant photographies et collages
surréalistes. Il publie en 1934 un livre à compte d’auteur sur La Poupée, à Karlsruhe.
Les poupées, les mannequins de cire sont fréquents chez les artistes proches du surréalisme comme Trouille, Dali ou Molinier.
Les surréalistes découvrent Bellmer à Paris en 1935 et publient ses premiers travaux.
Après la mort de Margarete sa première femme, en 1939, il quitte Berlin pour Paris où il se lie avec les surréalistes et participe à leurs activités.
En 1940, en tant que citoyen allemand, il est interné au camp des Milles, près d’Aix-en-Provence où il rencontre Max Ernst. Cet épisode de l’histoire est relaté d’ailleurs dans un film intitulé Les Milles, avec Jean-Pierre Marielle dans le rôle du militaire français qui va emmener ses « prisonniers » afin de les soustraire aux troupes allemandes qui progressent, jusqu’à Hendaye, après de nombreuses péripéties. Certains gagneront la Grande-Bretagne ou s’exileront aux États-Unis.
Réfugié dans le Midi, Hans Bellmer se remarie en 1942 et aura deux filles : Doriane et Béatrice.
A la fin de la guerre, il se sépare en vient vivre à Paris définitivement. Un recueil de textes-hommages lui est consacré.
En 1953 lors d’un séjour à Berlin il rencontre Unica Zürn qui le rejoindra à Paris un peu plus tard. Unica est présente dans de
nombreuses œuvres. Elle-même est écrivaine et graphiste.
La mère de Bellmer disparaît en 1959 et en 1970, Unica, plusieurs fois internée pour schizophrénie se suicide le 19 octobre.
Le 23 février 1975, Bellmer meurt des suites d’un cancer de la vessie.
Ces éléments biographiques sont utiles pour comprendre l’œuvre dessiné, gravé et photographique de Hans Bellmer.
Les scènes érotiques explicites crûment dans les plaques de cuivre ou dessinées d’un trait impitoyable sur des feuilles de papier montrent un en-deçà terriblement biologique, viscéral, organique. Mais, contrairement à un Molinier où le sans coule sous le graphisme et la rutilance de la couleur, Bellmer ne montre souvent que les contours nets de la chair dans sa perfection érotique et désirable et, en-dessous, le squelette, parfois les entrailles, rarement les muscles.
La chair bellmérienne est sèche, dénuée de mouillure et de secrétions. Les vagins traversées par des membres turgescents ne produisent nulle cyprine et ne reçoivent en leur pathétique concavité aucune goutte de sperme. Souvent, entre les organes mécanisés, un fœtus déjà transformé en architectures d’os, occupe le centre de la composition où s’enchevêtrent positions amoureuses et postures sexuelles. Vie précocement envahie par la mort.
On découvre ainsi un ingénieur travaillant sur sa table à dessin examinant l’anatomie des corps en, sarabande, mais là où d’aucuns
s’abandonneraient au fouillis plastique, Bellmer superpose des graphismes incisifs, coupants comme des lames effilées, parfaitement maîtrisés.
Bellmer recherche dans les brocantes, chez les fripiers, aux puces, dans les décharges tous les objets, les dentelles, les casses d’imprimerie aux caractères baroques de quoi nourrir sa création multiforme.
Après la Poupée, objet multiple, pouvant s’organiser avec des cardans et des flasques, des tenons et des mortaises, selon mille combinaisons où le sadisme n’est pas absent, c’est Unica Zürn, la compagne aimante, adorante, soumise qui servira de jouet sexuel et de fétiche. Son œil deviendra vulve sur des gravures magnifiquement perverses.
Née à Berlin en 1916, Unica fut la compagne de Hans Bellmer, son amour éternel. Elle mit au jour de nombreux dessins précis d'animaux fantastiques, de manière obsessionnelle. Internée à plusieurs reprises... sa santé mentale se détériore de jour en jour. Son couple avec Hans est difficile. Elle se suicide en 1970.
Les œuvres produites dans l’immédiate après-guerre usent des procédés monotypiques de Max Ernst. Le monotype consiste à appliquer de la couleur sur une plaque et à prendre une empreinte sur une feuille de papier que l’on presse à la paume de main ou au rouleau. La feuille peut n’être pas vierge et comporter un dessin préalable qui sera ainsi mis en couleur de façon unique et non reproductible. On voit aussi dans cette veine surréaliste les collages et des montages d’objets hétéroclites à la manière de Dali.
L'œuvre de Bellmer, souvent associée par une dérive psychanalytique au vocabulaire de la perversion, reste une affirmation poétique du surréalisme dans ce qu'il a de plus pur. La relative proximité qu'entretiennent les photographies de la Poupée avec l'inquiétante étrangeté freudiene place cette œuvre à la frontière entre l'érotisme et la mort, entre l'animé et l'inanimé. Le corps de la poupée, mais aussi les dessins et les gravures expriment des univers oniriques dans lesquels la conciliation des contraires est possible conformément au Manifeste du surréalisme de Breton. Bellmer illustrera aussi le Marquis de Sade, Georges Bataille, Lautréamont etc.
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