1933 est l’année de l’arrivée au pouvoir des nazis contre lesquels Bellmer va lutter par la dérision et le refus de toute activité
utile à l’État. Il commence la construction de sa fameuse poupée sur laquelle il travaillera des années, mêlant photographies et collages
surréalistes. Il publie en 1934 un livre à compte d’auteur sur La Poupée, à Karlsruhe.
Les poupées, les mannequins de cire sont fréquents chez les artistes proches du surréalisme comme Trouille, Dali ou Molinier.
Les surréalistes découvrent Bellmer à Paris en 1935 et publient ses premiers travaux.
Après la mort de Margarete sa première femme, en 1939, il quitte Berlin pour Paris où il se lie avec les surréalistes et participe à leurs activités.
En 1940, en tant que citoyen allemand, il est interné au camp des Milles, près d’Aix-en-Provence où il rencontre Max Ernst. Cet épisode de l’histoire est relaté d’ailleurs dans un film intitulé Les Milles, avec Jean-Pierre Marielle dans le rôle du militaire français qui va emmener ses « prisonniers » afin de les soustraire aux troupes allemandes qui progressent, jusqu’à Hendaye, après de nombreuses péripéties. Certains gagneront la Grande-Bretagne ou s’exileront aux États-Unis.
Réfugié dans le Midi, Hans Bellmer se remarie en 1942 et aura deux filles : Doriane et Béatrice.
A la fin de la guerre, il se sépare en vient vivre à Paris définitivement. Un recueil de textes-hommages lui est consacré.
En 1953 lors d’un séjour à Berlin il rencontre Unica Zürn qui le rejoindra à Paris un peu plus tard. Unica est présente dans de
nombreuses œuvres. Elle-même est écrivaine et graphiste.
La mère de Bellmer disparaît en 1959 et en 1970, Unica, plusieurs fois internée pour schizophrénie se suicide le 19 octobre.
Le 23 février 1975, Bellmer meurt des suites d’un cancer de la vessie.
Ces éléments biographiques sont utiles pour comprendre l’œuvre dessiné, gravé et photographique de Hans Bellmer.
Les scènes érotiques explicites crûment dans les plaques de cuivre ou dessinées d’un trait impitoyable sur des feuilles de papier montrent un en-deçà terriblement biologique, viscéral, organique. Mais, contrairement à un Molinier où le sans coule sous le graphisme et la rutilance de la couleur, Bellmer ne montre souvent que les contours nets de la chair dans sa perfection érotique et désirable et, en-dessous, le squelette, parfois les entrailles, rarement les muscles.
La chair bellmérienne est sèche, dénuée de mouillure et de secrétions. Les vagins traversées par des membres turgescents ne produisent nulle cyprine et ne reçoivent en leur pathétique concavité aucune goutte de sperme. Souvent, entre les organes mécanisés, un fœtus déjà transformé en architectures d’os, occupe le centre de la composition où s’enchevêtrent positions amoureuses et postures sexuelles. Vie précocement envahie par la mort.
On découvre ainsi un ingénieur travaillant sur sa table à dessin examinant l’anatomie des corps en, sarabande, mais là où d’aucuns
s’abandonneraient au fouillis plastique, Bellmer superpose des graphismes incisifs, coupants comme des lames effilées, parfaitement maîtrisés.
Bellmer recherche dans les brocantes, chez les fripiers, aux puces, dans les décharges tous les objets, les dentelles, les casses d’imprimerie aux caractères baroques de quoi nourrir sa création multiforme.
Après la Poupée, objet multiple, pouvant s’organiser avec des cardans et des flasques, des tenons et des mortaises, selon mille combinaisons où le sadisme n’est pas absent, c’est Unica Zürn, la compagne aimante, adorante, soumise qui servira de jouet sexuel et de fétiche. Son œil deviendra vulve sur des gravures magnifiquement perverses.
Née à Berlin en 1916, Unica fut la compagne de Hans Bellmer, son amour éternel. Elle mit au jour de nombreux dessins précis d'animaux fantastiques, de manière obsessionnelle. Internée à plusieurs reprises... sa santé mentale se détériore de jour en jour. Son couple avec Hans est difficile. Elle se suicide en 1970.
Les œuvres produites dans l’immédiate après-guerre usent des procédés monotypiques de Max Ernst. Le monotype consiste à appliquer de la couleur sur une plaque et à prendre une empreinte sur une feuille de papier que l’on presse à la paume de main ou au rouleau. La feuille peut n’être pas vierge et comporter un dessin préalable qui sera ainsi mis en couleur de façon unique et non reproductible. On voit aussi dans cette veine surréaliste les collages et des montages d’objets hétéroclites à la manière de Dali.
L'œuvre de Bellmer, souvent associée par une dérive psychanalytique au vocabulaire de la perversion, reste une affirmation poétique du surréalisme dans ce qu'il a de plus pur. La relative proximité qu'entretiennent les photographies de la Poupée avec l'inquiétante étrangeté freudiene place cette œuvre à la frontière entre l'érotisme et la mort, entre l'animé et l'inanimé. Le corps de la poupée, mais aussi les dessins et les gravures expriment des univers oniriques dans lesquels la conciliation des contraires est possible conformément au Manifeste du surréalisme de Breton. Bellmer illustrera aussi le Marquis de Sade, Georges Bataille, Lautréamont etc.
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